
Le passage de la Thailande au Myanmar est comme un voyage dans le temps, un retour 50 ans en arriere. Pourtant, c est peut etre le peuple le plus fier de son pays que j ai pu connaitre. Par un vieux reflexe anticolonialiste face aux Anglais, la junte a decide il y a 15 ans que les voitures ne circuleraient plus a gauche. Mais comme depuis 20 ans, le pays n importe plus de voiture, c est sans doute le seul endroit au monde ou on roule a droite avec le volant...a droite. Autrement dit, visibilite totalement nulle pour le chauffeur lors des depassements ce qui ajoute encore un peu de piment aux pistes de montagne.
Je quitte rapidement l enfer urbain de Yangon et ses 40 degres (une bonne preparation a l Iran en juillet) pour le Lac Inle a 300km au nord de la capitale soit...16h de route. Au depart du bus, je fais la connaissance de la seule etrangere: une Slovaque qui hesite entre ses deux voies de predilection: la meditation ou le couvent. Autant vous dire que ce furent 16h de grosse deconnade.
A l arrivee, trek de 2 jours jusqu a Kalaw et une nuit magique dans un monastere avec les chants des jeunes novices en guise de reveil matin sur les coups de 5h. Tout au long de l excursion, mon guide, le placide Phyone Cho, s ecrie: "Oh! My Buddha!" comme d aucuns diraient "Oh! Mon Dieu!" et moi "Oh! Putain!".
Mais le Myanmar ne serait pas tout a fait ce qu il est sans les mysterieux "fashion shows" que prosposent les rares boites du pays et que nous avait recommandees un Neo-Zelandais (pas Ian, un autre). Ainsi, pour notre dernier soir dans le pays, Andreas (un Allemand) et moi, decidons de feter dignement notre depart en decouvrant la nightlife de Yangon. A 21h30, nous sortons. A 22h, plus la moindre petite gargotte d ouverte. Pas un quidam dans les rues. Nous prenons un taxi et confions au chauffeur la difficile mission de nous trouver un bar en mesure d apaiser notre gosier. Le proprietaire de la Toyota Corolla 1986 (modele qui represente a peu pres 80% du parc automobile national) arrive a nous degotter la perle rare a la peripherie de la ville. Le bar est sur le point de fermer mais on tombe sur 2 Birmans, types Indiens, qui nous invitent a leur table: Assim, petit, affable et anglophone et Hamib, un colosse en debardeur laissant apparaitre des traces de brulures multiples. Ahmed a vite fait de nous traduire (Hamib ne parlant que le birman) qu il convient d appeler son ami "Mister Hamib", puisque c est ainsi que tout le monde l appelle et le repecte. D ailleurs, il est connu comme le loup blanc du tout-Yangon et a ses entrees un peu partout. Assim vend des hardwares sur la capitale et Mr Hamib est manager d une boite specialisee dans la confection et le recyclage de bouteilles d eau minerale(!!!). Mais ce soir, ni Assim ni M. Hamib n ont vraiment envie d eau minerale. Ils nous proposent d aller a la meilleure boite sur la capitale: le I.Q.! Mister H prend le volant d un 4*4 local qu il a paye a prix d or et nous conduit jusqu au club en manquant d ecraser 3 pietons et de s encastrer dans le parking.
A l interieur, une fois assis, Assim me jette une fille dans les bras en me disant: "Just for friendship". N etant pas specialement en manque d amis, je m eclipse vers la piste de danse avec l Allemand sur fond d Ace of Base. Pour ne point deroger a la regle d asie du Sud-Est, la zone grouille de filles cherchant se a lier d amitie pour quelque menue monnaie. Quant a M. Hamib, il reste a la lisiere du dancefloor, hermetique au beat endiable de Happy Nation et utilise comme technique d approche l empoignade violente de toute fille passant dans son perimetre, ce qui a le don de les terroriser.
Un peu las du spectacle, nous decidons de descendre dans la partie pub de la boite, ou (d apres nos guides qui ne nous en disent pas plus) se deroulent les defiles tant desires. Faisant face a une vingtaine de tables ou sont assis les clients, des locales par groupe de 10 defilent a la chaine sur une estrade. Elles sont grandes, minces, petites, rondouillardes... il n y a manifestement pas de fil directeur ni de theme pour cette saison. Si je devais malgre tout en choisir un, je placerais la collection sous le signe de la Grande Depression ou du Spleen parce qu elles defilent comme on monte a l echafaud. A la fin de chaque show (d environ 2 minutes), une fille voire plusieurs se voi(en)t decerner un collier de fleurs. On demande a nos 2 hotes ce que tout ca signifie: la laureate se doit d aller rejoindre le client qui lui a offert les fleurs a 5$ et de converser avec lui. S il ne lui plait pas, elle est libre de rentrer chez elle. S il a passe l examen de passage, elle lui fixe son tarif pour la nuit. S il lui plait beaucoup, elle peut choisir de lui "offrir" la nuit.
On assiste a cette collection hiver pendant une bonne heure, ponctuee par les huees et les pouces vers le bas de nos deux empereurs peu sensibles a cette nouvelle ligne.
Nous rentrons finalement a la guesthouse, conduits par Hamib (pardon, Mr Hamib) dont la facon de piloter me rappelle etrangement celle de ma chere maman quand elle avait encore le courage (ou plutot la temerite) de prendre le volant. Quelle bonne nuit je vais passer...
Un témoignage vidéo du défilé avant de me faire censurer: